La complexité du système politique belge ne rend pas facile le discernement des enjeux. Les élections de dimanche n’échappent pas à la règle. Le 7 juin, les belges choisiront non seulement les 22 députés qui les représenteront au Parlement Européen mais ils renouvelleront également les trois Parlements communautaires (le Parlement Flamand, le Parlement de la Communauté Française ainsi que celui de la Communauté Germanophone). De surcroit, les sièges des deux Parlements régionaux (Parlement Bruxellois et Parlement Wallon ) sont également à pourvoir. Au total, pas moins de 429 mandats politiques seront attribués au soir du 7 juin.
Au Nord : un paysage politique de plus en plus éclaté
En Flandre, le paysage politique s’est largement complexifié ces dernières années. Si l’extrême-droite a perdu du terrain, alors qu’elle flirtait avec la première place en 2004, la région la plus riche du pays a vu monter en popularité un nouveau parti, la Liijst De Decker (LDD). Construit autour de la personne de Jean-Marie De Decker, ancien entraineur de Judo, le LDD présente un programme fortement marqué à droite mais est accusé de populisme par les partis traditionnels. Ces derniers ont été secoués par la crise politique ainsi que par l’opération de sauvetage des banques. Le leader du plus grand parti de Flandre, Yves Leterme, du CD&V, a finalement dû démissionner de son fragile poste de premier Ministre, suite aux pressions exercée sur le monde judiciaire dans le cadre du rachat de la première banque du pays Fortis, par BNP-Paribas.
Si l’on additionne les résultats attendus de la LDD, de la NVA et du Vlaams Belang, trois partis qui prônent l’indépendance de la Flandre, on obtient environ 40%. Le Vlaams Belang (extrême droite) et la LDD étant infréquentables, il est probable que la seule coalition possible en Flandre soit une alliance entre les trois familles traditionnelles, le CD&V (chrétiens-démocrates), l’OpenVLD (Libéral) et le SP.A (Socialiste), éventuellement avec les écologistes Groen ou les nationalistes flamands de la NVA.
Au Sud : débat sur la gouvernance
Le jeu politique francophone sera sans doute plus ouvert, avec deux grands partis, le MR (centre-droit) et le PS (centre-gauche) qui se disputent vigoureusement la première place alors que les socio-chrétiens (CDH) se battent contre les écologistes – en forte progression - pour la troisième place. La campagne a néanmoins été dominée par la révélation d’affaires embarrassantes pour le Parti Socialiste. En effet il est apparu que Didier Donfut, ministre PS de l’Action Sociale, touchait de grasses rémunérations de consultance commandées par des autorités locales dans des arrangements douteux. Un voyage parlementaire de députés wallons aux USA qui avait tous les airs de tourisme de grand luxe a également marqué les esprits.

- Photo : Portail de la Région wallonne
Le thème de la gouvernance est donc au centre des débats dans une Wallonie qui peine toujours à se redresser de la chute de son secteur industriel. Le prochain gouvernement devra notamment juger les avancés du Plan Marshall, programme d’1 milliard d’euros pour le redressement économique de la Wallonie. Les analystes prédisent une large victoire d’Ecolo, qui jouera probablement le rôle d’arbitre entre les deux grands partis de gauche et de droite. Le jeu des alliances est ouvert, même si le président du PS Elio di Rupo, à couteaux tirés avec les libéraux, a déjà annoncé qu’il n’entrerait pas dans un gouvernement avec le MR.
Des nouvelles tensions communautaires
Si les thèmes linguistiques et communautaires n’ont pas été au centre des débats électoraux, comme cela avait le cas lors des élections nationales de 2007, quelques tensions entre flamands et francophones ont émaillé la campagne. En périphérie bruxelloise, une vieille controverse est revenue à l’avant-plan. En 1997, le gouvernement flamand édictait la « circulaire Peeters » qui régit l’emploi des langues dans l’administration flamande et exige que, dans les communes flamandes à forte population francophone (communes dites « à facilités »), les convocations électorales, comme tout autre document administratif, soient envoyées en néerlandais, l’électeur pouvant par après demander une copie traduite. Cette mesure vise à réaffirmer le caractère flamand de ces communes. Anodine mais hautement symbolique, elle n’a jamais été acceptée par les élus locaux francophones, qui, en guise de protestation, continuent d’envoyer les documents directement dans la langue de l’électeur (en néerlandais pour les néerlandophones, en français pour les francophones). Aux dernières élections locales, le gouvernement flamand a donc, en guise de punition, refusé de nommer ces bourgmestres récalcitrants, pourtant réélus par des écrasantes majorités. Lors de l’envoi des convocations pour les élections de juin, trois des communes « rebelles » ont dès lors répliqué en envoyant les documents en français à leurs administrés francophones.
Cette controverse peut paraître insignifiante de l’extérieur, mais cristallise le plus large débat communautaire qui reste non-résolu depuis que les volontés flamandes d’une large réforme des institutions ont été opposées par les partis francophones. Il est clair que ce débat reviendra à l’avant plan de la scène politique après les élections et pourrait bien affaiblir une nouvelle fois le fragile gouvernement du successeur d’Yves Leterme, Herman Van Rompuy.
Et l’Europe dans tout cela ?
Les enjeux européens ont été quasiment absents de la campagne électorale. Même si l’électeur belge reste globalement favorable à l’intégration européenne, il s’intéresse peu aux enjeux qui rythment les institutions bruxelloises.
Pourtant, les candidats présentés par les partis pour le Parlement Européen sont des poids lourds de la politique belge. On retrouve notamment deux anciens Premiers Ministres (Guy Verhofstadt et Jean Luc Dehaene) ainsi que l’actuel commissaire européen Louis Michel. Ce combat des chefs pourrait d’ailleurs mener à un grand carrousel de postes puisqu’il est pressenti que Louis Michel ambitionne un retour à l’avant plan de la scène nationale, peut-être pour remplacer Karel De Gucht au poste de Ministre des Affaires Etrangères, qui monterait lui dans l’exécutif européen. Par ailleurs, certains analystes imaginent mal Guy Verhofstadt se satisfaire d’un « simple » poste de MEP. Le libéral flamand lorgnerait vers un poste au plus haut niveau européen par exemple comme Président du Conseil Européen ou comme Haut Représentant pour la politique extérieur lorsque le Traité de Lisbonne entrerait en vigueur.
Les élections du 7 juin risquent une nouvelle fois de replonger la Belgique dans l’incertitude politique. Pourtant, le gouvernement fédéral ainsi que les nouveaux gouvernements régionaux et communautaires font face à des challenges qui demandent plus que jamais un leadership résolu : déficit public prévu de 3-4%, dette publique s’alourdissant à environ 100% du Produit intérieur brut, taux de chômage croissant, réforme de la gouvernance et des institutions inachevée. Les ténors politiques auront 12 mois pour stabiliser la situation. Le 1er juillet 2010, la Belgique prendra les rennes du Conseil de l’UE. Il serait navrant que les blocages belgo-belges enrayent la machine européenne.
Photo : Glenscott sur Flickr.com


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